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Dividendes : comment les verser, comment ils sont taxés

La « flat tax » est passée à 31,4 % au 1er janvier 2026 — beaucoup l'ignorent encore. PFU ou barème, cotisations du gérant majoritaire, formalités : la mécanique complète.

Elyes Kernag · Publié le 03/09/2026 · Mis à jour le 03/09/2026 · 11 min de lecture

Se verser un dividende semble simple : la société a gagné de l’argent, l’associé se sert. La réalité tient en trois mécaniques qui se superposent — le droit des sociétés qui dit quand on peut distribuer, la fiscalité qui dit combien il en reste, et, pour certains gérants, des cotisations sociales qui s’invitent au-delà d’un seuil. Depuis le 1er janvier 2026, la note fiscale a d’ailleurs grimpé : la « flat tax » est passée de 30 % à 31,4 %. Une bonne partie de ce qu’on lit en ligne est donc périmée.

Comment se décide un dividende ?

Un dividende se décide en assemblée, après l'approbation des comptes, et seulement s'il existe un bénéfice distribuable. Celui-ci se calcule ainsi : bénéfice de l’exercice, moins les pertes antérieures, moins les sommes à mettre en réserve, plus l’éventuel report bénéficiaire (article L232-11 du code de commerce).

Deux garde-fous encadrent la décision. La réserve légale d’abord : chaque année, au moins 5 % du bénéfice doit y être affecté, jusqu’à ce qu’elle atteigne 10 % du capital social. L’interdiction de puiser dans le capital ensuite : impossible de distribuer si les capitaux propres sont — ou deviendraient — inférieurs au capital augmenté des réserves non distribuables. Une distribution qui violerait ces règles constitue un dividende fictif, avec les responsabilités qui vont avec.

Le calendrier est lui aussi encadré : une fois voté, le dividende doit être mis en paiement dans les neuf mois de la clôture de l’exercice. Il est possible de verser un acompte sur dividendes avant l’approbation des comptes, mais à une condition sérieuse : un bilan intermédiaire certifié par un commissaire aux comptes doit faire apparaître un bénéfice suffisant (article L232-12). Pour une petite structure sans commissaire aux comptes, c’est rarement praticable.

Combien les dividendes sont-ils taxés en 2026 ?

Par défaut, un dividende supporte le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % du montant brut — et non plus 30 % : le taux a augmenté au 1er janvier 2026, la CSG sur les revenus du capital étant passée de 9,2 % à 10,6 % (loi du 25 juin 2026, article L136-8 du code de la sécurité sociale).

Le détail : 12,8 % d’impôt sur le revenu forfaitaire, plus 18,6 % de prélèvements sociaux (CSG 10,6 %, CRDS 0,5 %, prélèvement de solidarité 7,5 %). Sur 10 000 € de dividendes bruts, il reste donc 6 860 € nets, après 3 140 € de prélèvements.

En pratique, l’argent est retenu en deux temps. Au versement, la société prélève à la source les prélèvements sociaux et un acompte d’impôt de 12,8 % (le « prélèvement forfaitaire non libératoire »). L’année suivante, la déclaration de revenus liquide l’impôt définitif : l’acompte s’impute, l’excédent est restitué. Si le revenu fiscal de référence de l’avant-dernière année ne dépasse pas 50 000 € pour une personne seule (75 000 € pour un couple), une dispense d’acompte peut être demandée — attestation sur l’honneur à remettre à l’établissement payeur avant le 30 novembre de l’année précédente. La dispense ne porte que sur l’acompte d’impôt : les prélèvements sociaux restent dus.

Du bénéfice de la société au dividende net : 50 000 € de bénéfice deviennent 28 640,50 € nets pour l'associé après impôt sur les sociétés puis prélèvement forfaitaire unique.Bénéfice avant IS50 000 €Impôt sur les sociétés− 8 250 €Bénéfice distribuable41 750 €PFU 31,4 %− 13 109,50 €taux réduit 15 % puis 25 %décision d'assemblée + réserve légaleNet en poche de l'associé28 640,50 €Prélèvement global : 21 359,50 €,soit 42,7 % du bénéfice initial —le dividende n'est pas une charge :il sort d'un bénéfice déjà imposé.
La chaîne complète pour une PME au taux réduit d’IS : du bénéfice au net en poche de l’associé.

PFU ou barème progressif : comment choisir ?

L'alternative au PFU : opter, dans la déclaration de revenus, pour l'imposition au barème progressif. L'option est globale — elle s'applique à tous les revenus de capitaux mobiliers et plus-values de l'année — et elle vaut le coup quand le taux marginal d'imposition est faible.

Au barème, le dividende bénéficie d’un abattement de 40 % (sous conditions : décision régulière de distribution, société à l’IS, siège en France, dans l’UE ou dans un État conventionné). La CSG devient partiellement déductible du revenu imposable, à hauteur de 6,8 points. En revanche, les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus sur le montant brut, abattement ou pas.

Le résultat, pour 10 000 € de dividendes bruts : à taux marginal nul, la charge tombe à 1 860 € (les seuls prélèvements sociaux) contre 3 140 € au PFU ; à 11 %, le barème reste gagnant avec 2 445,20 € ; à 30 %, il perd avec 3 456 €. Dans notre modèle — approximation au taux marginal, hors décote et cas particuliers — la bascule se situe autour d’un taux marginal de 24 % : en clair, le barème gagne aux tranches de 0 % et 11 %, le PFU au-delà.

Charge totale sur 10 000 € de dividendes : le barème progressif bat le PFU (3 140 €) aux taux marginaux de 0 % et 11 % ; le PFU gagne à 30 % et au-delà.PFU : 3 140 € quel que soit le TMI1 860 €TMI 0 %barème gagnant2 445,20 €TMI 11 %barème gagnant3 456 €TMI 30 %PFU gagnant4 041,20 €TMI 41 %PFU gagnantCharge totale (impôt + prélèvements sociaux, économie de CSG déductible comprise) sur 10 000 € bruts.
Charge totale sur 10 000 € bruts : l’option barème gagne aux TMI 0 et 11 %, le PFU ensuite.

Bonne nouvelle pour ceux qui hésitent : depuis 2026, l’option pour le barème n’est plus irrévocable d’après impots.gouv.fr. Pour situer votre propre taux marginal — la donnée clé de ce choix — l’outil ci-dessous applique le barème 2026 à votre foyer.

Gérant majoritaire : le piège des 10 %

Si vous êtes gérant majoritaire de SARL ou associé unique gérant d'EURL à l'IS, la part de vos dividendes qui dépasse 10 % du capital social (primes d'émission et comptes courants d'associés compris) est soumise à cotisations sociales, comme votre rémunération. La règle vise les titres détenus par le gérant, son conjoint ou partenaire de PACS et ses enfants mineurs (articles L131-6 et L136-3 du code de la sécurité sociale).

L’exemple type : capital de 1 000 €, aucun compte courant, dividende de 20 000 €. Le seuil est à 100 € ; presque tout — soit 19 900 € — bascule dans l’assiette des cotisations TNS. À l’inverse, avec un capital de 200 000 €, un dividende de 15 000 € passe entièrement sous le seuil et reste au régime classique. Fiscalement, rien ne change : tout le dividende demeure imposé comme un dividende (PFU ou barème). C’est le traitement social qui bascule.

Le président de SASU, lui, est assimilé salarié : ses dividendes ne supportent jamais de cotisations sociales, quel que soit leur montant. C’est l’une des raisons du succès de la SASU chez les indépendants à gros excédents — à mettre en balance avec des cotisations plus lourdes sur la rémunération.

Salaire ou dividendes : lequel optimise ?

Il n'y a pas de réponse universelle : le dividende sort d'un bénéfice déjà imposé à l'IS et ne crée pas de droits sociaux, quand la rémunération est déductible du résultat mais supporte des cotisations. Le bon dosage dépend du statut, du taux marginal et du besoin de protection sociale.

Trois faits structurent l’arbitrage. Un : la rémunération de dirigeant est déductible du résultat de la société (sous conditions de travail effectif et de montant non excessif), alors que le dividende ne l’est pas — il a d’abord supporté l’impôt sur les sociétés, à 25 % ou au taux réduit PME de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice. Sur la chaîne complète, une PME au taux réduit qui distribue 50 000 € de bénéfice laisse 28 640,50 € nets à l’associé : l’État a pris 42,7 % au passage. Deux : faute de cotisations, les dividendes n’alimentent ni retraite ni indemnités journalières — moins de prélèvements aujourd’hui, moins de protection demain. Trois : pour un gérant majoritaire, la règle des 10 % ci-dessus réduit fortement l’intérêt des gros dividendes à petit capital.

Les dividendes prennent l’avantage quand le taux marginal du foyer est bas, quand la rémunération couvre déjà les besoins de protection sociale, ou en SASU où ils échappent aux cotisations. À l’inverse, une rémunération régulière reste souvent le socle le plus efficace pour un dirigeant qui n’a pas encore validé ses droits. Ces lignes donnent des repères généraux, pas un conseil personnalisé : un arbitrage sérieux se fait avec votre expert-comptable, chiffres de la société en main.

Questions fréquentes

La flat tax est-elle toujours à 30 % ?

Non. Pour les dividendes perçus depuis le 1er janvier 2026, le prélèvement forfaitaire unique est de 31,4 % : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, la CSG sur les revenus du capital ayant été relevée à 10,6 %.

Les dividendes d’une SASU paient-ils des cotisations sociales ?

Non, jamais — le président de SASU est assimilé salarié et ses dividendes ne sont pas soumis à cotisations, quel que soit leur montant. Ils supportent le PFU de 31,4 % ou, sur option, le barème progressif plus 18,6 % de prélèvements sociaux.

Comment éviter l’acompte de 12,8 % prélevé au versement ?

En demandant une dispense, possible si le revenu fiscal de référence de l’avant-dernière année ne dépasse pas 50 000 € (personne seule) ou 75 000 € (couple). L’attestation sur l’honneur se remet à l’établissement payeur avant le 30 novembre de l’année précédant le versement. Les prélèvements sociaux restent dus.

Une EURL à l’impôt sur le revenu peut-elle verser des dividendes ?

Non, pas au sens fiscal du terme : sans option pour l’impôt sur les sociétés, le bénéfice de l’EURL est directement imposé entre les mains de l’associé, qu’il soit prélevé ou non. Le régime des dividendes (PFU, abattement de 40 %) suppose une société soumise à l’IS.

Peut-on verser un dividende avant l’approbation des comptes ?

Oui, sous forme d’acompte sur dividendes, mais à une condition stricte : un bilan intermédiaire certifié par un commissaire aux comptes doit constater un bénéfice suffisant, et l’acompte ne peut pas le dépasser (article L232-12 du code de commerce). Sans commissaire aux comptes, ce n’est pas praticable.

Sources : service-public.fr — Fiscalité des dividendes perçus par les associés (F32963) (03/09/2026) · service-public.fr — Évolution du taux du prélèvement forfaitaire unique (A18796) (03/09/2026) · impots.gouv.fr — Les revenus mobiliers (03/09/2026) · Légifrance — art. L136-8 du code de la sécurité sociale (CSG à 10,6 %) (03/09/2026) · Légifrance — art. L136-3 du code de la sécurité sociale (assiette sociale des indépendants) (03/09/2026) · Légifrance — code de commerce, art. L232-10 à L232-13 (bénéfice distribuable, acomptes, délais) (03/09/2026) · service-public.fr — Revenus du dirigeant de société (F36065) (03/09/2026) · service-public.fr — Impôt sur les sociétés, taux et conditions (F23575) (03/09/2026) · BOFiP — BOI-RPPM-RCM-20-10-30-10 (abattement de 40 %, conditions) (03/09/2026)

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